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Pourquoi nous refusons de vous vendre le grand pack
Budget

Pourquoi nous refusons de vous vendre le grand pack

La solution juste rapporte plus que la solution chère. Un principe qui coûte des ventes et gagne des clients.

Auteur Samuel Dahan Samuel Dahan
Managing partner
Date
Lecture 7 min de lecture
Sujet Budget

Il y a une conversation que toute agence connaît. Le client arrive avec un budget, l'agence arrive avec une liste. Et la tentation est toujours la même: faire grossir la liste jusqu'au plafond du budget.

Nous faisons l'inverse, et ce n'est pas de la vertu, c'est du calcul. Un client à qui on a vendu trop ne revient pas. Un client à qui on a vendu juste revient avec le projet suivant, puis avec ses connaissances.

D'où vient le réflexe du grand pack

Le réflexe du grand pack ne vient pas de la malhonnêteté. Il vient du modèle économique. La plupart des agences vendent des jours de travail; plus le projet est gros, plus il y a de jours, plus l'année est bonne. Personne n'a besoin d'être cynique pour que la machine pousse dans ce sens: il suffit que chacun fasse son travail normalement, et la liste enfle toute seule.

La culture du pitch aggrave les choses. Pour gagner un client, on présente la vision complète, l'écosystème, la plateforme de marque. C'est impressionnant, c'est souvent sincère, et c'est presque toujours surdimensionné. Une fois le contrat signé, il faut bien livrer la cathédrale promise, même si le client avait besoin d'une chapelle.

Il y a aussi une part qui vient du client. Un gros budget rassure: dépenser beaucoup donne le sentiment de faire beaucoup. Signer un projet imposant ressemble à une décision stratégique, alors que signer trois petites étapes ressemble à de la prudence timide. C'est une illusion d'optique, mais elle est puissante, et les vendeurs habiles savent s'appuyer dessus.

Le problème est que le budget dépensé n'est pas le résultat obtenu. Une refonte complète qui ne change pas le nombre de demandes est un échec à six chiffres. Trois pages retravaillées qui doublent les appels sont un succès à quatre chiffres. Entre les deux, il n'y a pas photo, sauf sur la facture.

Notre garde-fou est structurel, pas moral. Chaque devis passe par la question du retour, chaque projet est découpé en paliers, chaque palier a son indicateur. Quand la structure impose de prouver avant de continuer, le grand pack ne survit tout simplement pas à l'examen: il se fait découper en morceaux utiles, et les morceaux inutiles tombent.

Cela demande une chose en interne: pouvoir se permettre de refuser du chiffre d'affaires à court terme. Une petite structure aux coûts fixes bas peut le faire; une grosse machine avec des étages à nourrir a plus de mal. Notre taille n'est pas une limite, c'est la condition de notre indépendance de conseil.

Pour vous, le principe se résume simplement: chaque franc investi doit pouvoir raconter son histoire, ce qu'il fait, ce qu'il doit ramener, quand on vérifiera. Si votre prestataire ne sait pas raconter l'histoire d'une ligne du devis, cette ligne est pour lui, pas pour vous.

Un exemple concret

Une entreprise nous demande un site e-commerce complet. En regardant ses chiffres, on voit que 90% de ses demandes arrivent par téléphone après une recherche locale. Ce dont elle a besoin d'abord, ce n'est pas une boutique en ligne à cinq chiffres: c'est une présence locale irréprochable et un site vitrine qui convertit. Le reste viendra quand les chiffres le justifieront.

Vendre le petit projet quand le grand ne se justifie pas, c'est ce que nous appelons la justesse. C'est notre conception éthique du digital, et elle est écrite dans notre nom: Abil, habile. Être habile, c'est faire beaucoup avec juste ce qu'il faut.

Un artisan de l'arc lémanique

Deuxième cas, anonymisé lui aussi. Un artisan du bâtiment de l'arc lémanique nous contacte avec une enveloppe confortable et une demande claire: refaire le logo, refaire le site, lancer une campagne. Il a vu ce que faisait un concurrent et veut la totale. Avant de chiffrer, on pose notre question habituelle: d'où viennent vos clients aujourd'hui?

Réponse: du bouche à oreille, presque exclusivement. Son carnet est plein à six mois, son problème n'est pas le volume, c'est le type de chantiers. Il veut moins de petites réparations et plus de rénovations complètes. Ce n'est pas un problème de logo, c'est un problème de preuve: rien ne montre ses rénovations, nulle part.

Ce qu'on lui a vendu: un reportage photo de trois chantiers terminés, une page par type de rénovation avec les étapes et les fourchettes de prix, et une routine simple pour demander un avis à chaque fin de chantier. Le logo n'a pas bougé. La campagne attendra. Le devis final faisait le tiers de son enveloppe.

Six mois plus tard, les demandes de rénovation ont pris le dessus sur les petites réparations. Avec les deux tiers restants de son budget, il a acheté du matériel. Nous, on a gagné un client qui nous appelle avant chaque décision, et qui nous a déjà recommandés deux fois.

Notre méthode pour construire un devis

Étape un: la question du retour. Avant toute ligne de devis, on écrit noir sur blanc ce que le projet doit rapporter, en demandes, en ventes ou en temps gagné, et à quel horizon. Si personne ne sait répondre, le projet n'est pas prêt, et le chiffrer serait malhonnête.

Étape deux: le tri par rendement. Chaque poste possible est classé selon une règle simple: qu'est-ce qui rapproche le plus du résultat, le plus vite, pour le moins cher? Une page qui convertit passe avant une animation élégante. Une fiche Google propre passe avant une refonte graphique.

Étape trois: la coupe. Tout ce qui se trouve sous la ligne de flottaison sort du devis. Pas dans une option grisée qui culpabilise, dehors. Si le besoin devient réel plus tard, il reviendra tout seul, appuyé par des chiffres.

Étape quatre: les paliers. Le projet est découpé en phases, chacune avec un livrable qui fonctionne seul et un indicateur à observer. La phase deux ne se signe que si la phase une a prouvé quelque chose. Le client garde la main à chaque palier.

Étape cinq: le rendez-vous des chiffres. Quelques semaines après la mise en ligne, on regarde ensemble ce que disent les données. Parfois elles valident la suite prévue. Parfois elles la contredisent, et c'est tant mieux: corriger un plan coûte moins cher que le subir.

Ce que nous refusons de vendre

Une application mobile quand une bonne page mobile suffit. La différence de coût est d'un ordre de grandeur, et une application que personne ne télécharge est le placard le plus cher du digital.

De la publicité avant que la destination soit prête. Envoyer du trafic payant vers une page qui ne convertit pas, c'est louer un panneau pour indiquer une porte fermée. D'abord la page, ensuite le trafic.

La refonte complète par lassitude. Un site qui convertit mal ne se refait pas forcément de zéro; souvent, trois pages retravaillées et un formulaire simplifié changent les chiffres. On refond quand la structure est fausse, pas quand on s'est lassé des couleurs.

Les abonnements flous. Une maintenance se justifie quand elle liste ce qu'elle couvre: mises à jour, sauvegardes, temps de réaction. Un forfait mensuel dont personne ne sait ce qu'il contient est une rente, pas un service.

Ce que cela change pour vous

Un devis chez nous commence toujours par une question: qu'est-ce qui doit rapporter quoi, et quand? Si un poste de dépense ne répond pas à cette question, il saute. Le budget qui reste travaille plus fort.

Nous perdons des ventes avec ce principe. Nous gardons des clients. Le calcul est vite fait.

Avant de signer votre prochain devis

Trois questions suffisent à tester n'importe quel prestataire. Un: à quoi verra-t-on que ce projet a marché, avec quel chiffre et à quelle date? Deux: que peut-on enlever de ce devis sans toucher au résultat? Trois: que ferait-il avec la moitié du budget? Les réponses vous en diront plus que toutes les références du monde.

Un devis sain se reconnaît à sa forme: des phases avec des livrables qui fonctionnent seuls, un indicateur par phase, et une porte de sortie à chaque palier. Si tout est verrouillé en un seul bloc payable d'avance, la structure vous dit déjà qui porte le risque: vous.

La justesse n'est pas une posture commerciale, c'est une méthode qui se vérifie ligne par ligne, sur le papier, avant de signer. Apportez votre prochain devis, le nôtre ou celui d'un autre, et posez les trois questions. C'est exactement l'examen que nous voulons que nos clients nous fassent passer.

Un dernier conseil, le plus contre-intuitif: commencez petit exprès. Confiez à un prestataire un premier projet volontairement limité, avec un objectif clair, et observez tout. Comment il cadre la demande, ce qu'il refuse de vous vendre, comment il réagit quand un chiffre le contredit. Un prestataire qui propose de lui-même d'enlever une ligne de son devis est un prestataire à garder. Les relations construites ainsi durent des années, et elles deviennent moins chères avec le temps, parce que la découverte de votre entreprise ne se paie qu'une fois. Le grand pack, lui, se paie à chaque fois.

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